Ateliers 2013

La direction scientifique des ateliers est assurée par Louise Merzeau, maître de conférence en information et communication à l’université Paris Ouest Nanterre La Defense, Directrice du laboratoire Tactic (Traitement et Appropriation des Connaissance par les TIC)

Les séances se déroulent les vendredis de 14h30 à 17h30 à l’Ina, Centre Pierre Sabbagh, salle Cognacq-Jay, 83-85 rue de Patay 75013 PARIS

Date Intitulé de séance
25/01/2013 Copie, Open Data et Propriété intellectuelle

Philippe Aigrain, Emmanuel Cauvin, Rémi Mathis

22/02/2013 Web, web archivé et création artistique

David Guez, Cécile Portier, Christophe Bruno et Nicolas Thely

22/03/2013 séance reportée au 21 juin
26/04/2013 Web global et identités culturelles

Yves Gonzalez-Quijano, Anat Ben-David, Priya Kumar

31/05/2013 La fabrique numérique de l’histoirePhilippe Rygiel, Emmanuel Laurentin et Benjamin Thierry
21/06/2013 Classer le web : algorithmes, classification, typologies

Dominique Cardon et Jérôme Thièvre (Ina)

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Une réponse à Ateliers 2013

  1. Ce commentaire reprend, en la dévelopant, une intervention faite le 25 janvier 2013 dans le cadre de l’atelier dépôt légal du Web (voir ci-dessus).

    En guise d’introduction:
    Technologies de l’information : nous avons créé un Nouveau Monde
    http://lecercle.lesechos.fr/entreprises-marches/high-tech-medias/internet/221163895/technologies-linformation-avons-cree-nouveau

    Dans le domaine des lois, mieux vaut ne pas se tromper dans les mots. Quand on emploie un mot à la place d’un autre, cela démontre juste que l’on n’a pas compris le sujet à traiter.

    Parler d' »archives du Web » à propos relève d’une erreur de conception fondamentale. La mission a été mal formulée, non pas dans ses objectifs, parfaitement louables et nécessaires, mais dans ses moyens.

    Le législateur a cru bien faire, se mettre au goût du jour, en instaurant le dépôt légal du Web, mais il n’a pas saisi la vraie mesure de l’événement, ou plutôt de cet avènement. « Archiver le web » : l’erreur sur les termes est révélatrice d’une incompréhension face à l’émergence de ce qui est réellement un nouveau monde. Ce que font en réalité ces institutions, ce sont des films. On archive un objet (fixe), comme par exemple un film (analogique ou numérique) mais on n’archive pas un environnement, on le filme. Le Web est une scène de vie, un site, une mise en scène (à la fois préfabriquée et improvisée). C’est un monde, avec de la vie à l’intérieur, et un monde n’existe que dans la durée. Pour le conserver, en conserver une trace, il faut d’abord le filmer. Le Web n’est pas un monument historique, c’est une histoire. L’objectif ne change pas, par rapport à l’archivage des objets solides qui ont émaillé notre histoire (livres notamment) : garder la trace de ce qui s’est passé, saisir les tendances, permettre la construction d’un récit. Mais le Web, au centre de l’Etherciel, n’est pas un objet, c’est un lieu de vie. On archive un objet constant, toujours identique à lui-même, qu’il soit solide (livre) ou électronique (le journal de 20h de France 2 le 3 mars 2014), pour le conserver en l’état, lui permettre de traverser le temps. Mais on n’archive pas un environnement. Un environnement traverse le temps : inutile de lui faire faire ce qu’il fait de lui-même. Par contre cette traversée peut (doit) être filmée. Le législateur qui a imaginé un « archivage » du web s’est trompé de mot, parce qu’il n’a pas compris de quoi il s’agit.

    Ignorer la nature « mondiale » de ce développement technologique conduit à des lois en décalage avec la réalité, qui appréhendent un environnement complexe comme un objet simple. Les bonnes intentions ne suffisent pas, en matière légale. Il faut aussi comprendre de quoi il est question, concrètement. Prenons le jardin des Tuileries, à Paris. Nos archives nationales comportent des images de ce jardin à travers les âges. Mais le jardin lui-même reste là, avec ses promeneurs, ses manèges, sa grande roue. Qui aurait l’idée d’aller le ranger dans un carton d’archive ? Un lieu n’est pas transportable, c’est nous qui nous transportons (intérieur/extérieur, dedans/dehors). Le lieu est ce qui ne bouge pas. Pour archiver le deuxième monde il faut, comme pour le premier, commencer par prendre des images, et ce sont ces images qui peuvent être conservées, pas le jardin lui-même. La fréquence de mise à jour des pages ne doit pas être vécue par les opérateurs en charge de ce dépôt légal comme un problème, une gêne, mais comme la priorité, l’objet même de cette capture destinée à être archivée. Dans ce que nous pouvons voir aujourd’hui du jardin des Tuileries des temps révolus, grâce aux archives, ce qui nous intéresse est ce qui a changé, d’une époque à l’autre.

    L’erreur commise par le législateur dans ce cas précis n’a guère d’impact, l’INA et la BNF, faisant, en pratique, le film des événements, même si le mot n’est pas utilisé. La fréquence n’est pas de 24 images/seconde, mais plutôt de 12 images/an mais qu’importe, la logique de cette capture est bien une logique cinématographique, tout simplement parce que la cible est vivante, elle bouge, elle bouge sans cesse. Le bogue sémantique n’est pas bloquant, il n’empêche pas la tâche de s’accomplir. L’erreur de qualification que nous observons ici est sans incidence, elle est simplement révélatrice d’une incompréhension profonde des pouvoirs publics face à ce qui est en train d’arriver.

    Le problème, du côté des deux opérateurs publics, est dans la façon d’envisager leur mission, de la formuler. L’objectif, même s’il est mal défini, est clair. Le choix des moyens leur appartient. Rien n’empêche la BNF et l’INA de lancer l’aventure des films tournés sur le Web, et de le dire.

    Faire une loi pour les pommes et faire une loi pour les vergers implique deux démarches différentes. Attention à ne pas confondre ! Essayez un peu de mettre un terrain dans votre panier… Une pomme tient dans votre main, alors que c’est vous qui vous tenez dans le verger. Vous pouvez cueillir une pomme (mains), pénétrer sur le terrain (pieds) en vous y engageant tout entier, puis en sortir. Personne n’imaginerait de confondre les deux gestes. L’environnement (terrain) et les objets (pomme(s), confiture etc.) qui vont et viennent dans cet environnement sont à appréhender de manière différente. Le législateur a décidé qu’on archivera le Web comme on archive des livres, des journaux ou des films. Les choses sont simples ainsi : pas la peine d’aller chercher plus loin, inutile de se creuser la tête. Oui mais voilà, un objet est doté d’une existence totale et simultanée, et même définitive s’il est correctement archivé. Un objet subsiste dans l’espace, en restant pareil à lui-même. Rien à voir avec le Web, qui est en lui-même bien plus que cela puisqu’on peut venir se loger là-dedans, y placer son existence. Le but de l’archiviste devient dès lors de retracer le déroulement des événements qui s’y sont produits. Aller chercher le mouvement pour en conserver l’image : cela s’appelle le cinéma.

    Ce que font l’INA et la BNF, sans le dire, sous l’étiquette d' »archivage » est en réalité du cinéma.

    Il existe une cinétique du Web, cette cinétique se déploie jour après jour, heure après heure, dans chaque domaine. Ces scènes, avec leurs personnages, sont filmées et les films ainsi produits sont archivés. L’idée d’organiser un dépôt légal du Web ne peut qu’être approuvée. Mais ce dépôt légal doit passer par une phase de prise de vue et de son, pour ensuite passer à l’archivage proprement dit. Les Tuileries ne seront jamais « terminés », comme on le dit d’un tableau ou d’un livre.

    Un jour, il faudra que l’INA et la BNF franchissent le pas, et poussent la logique cinématographique dans laquelle ils sont engagés dans toutes ses conséquences. Voilà une expérience qui serait passionnante. Nous irions visualiser des « films », dans des locaux spécialement aménagés avec un très grand écran d’ordinateur, de la taille d’un écran de cinéma. A l’affiche : le film du Web, tourné sur tel ou tel domaine (visualisation avec option de défilement automatique). Ces films pourraient s’appeler les fil-TMLs. Caméra sur le Web. Le Web médiatisé : perspective fascinante. Imaginons un peu… Un fil-TML, comme un film, est fait pour être regardé. Les versions de la page défilent, selon une vitesse paramétrable. Le spectateur regarde, fasciné, le film d’une page Web. Ces images n’ont pas été faites pour être filmées, mais pour être utilisées, vécues de l’intérieur. Qu’importe. Il en va de même pour les films que nous tournons aux Tuileries. Ce jardin n’est pas conçu pour être filmé, il n’empêche qu’il peut l’être… il a une histoire. Le fil-TML raconte l’histoire d’un site page Web…

    A suivre !

    Emmanuel Cauvin
    Blogueur mondain, Homme politique
    Références papier:
    http://www.cairn.info/publications-de-Cauvin-Emmanuel–70680.htm

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